À fleur de peau (partie II)

Quand je pense à toi, je pense surtout à nos actes manqués. Ceux dont on a rêvé, ceux qui nous ont effleuré, ceux qui nous ont échappé de justesse et que j’ai tenté de rattraper. 
Dans ma course effrénée j’ai plusieurs fois faillit tomber, mais tu étais toujours là pour me rattraper (…)

J’attrape mon sac et je sors. 

L’ascenseur est en panne. Je dévale les escaliers. Mes jambes s’emmêlent, je manque de tomber. “Bonjour”, “Bonjour”. Je réponds à bout de souffle. Le monsieur du deuxième étage s’arrête et me regarde avec questionnement. Je continue ma course, j’enjambe les marches. Je sors de l’immeuble, la porte d’entrée se referme brutalement derrière moi. 

Dehors, le vent me soulève et m’emporte. Mes pieds effleurent le sol, je m’envole. Je n’ai jamais couru aussi vite. Je monte dans le bus en tremblant, je crois que je ne respire plus. Je vois des étoiles, je vais m’évanouir. Je m’agrippe pour reprendre mon souffle, mes poumons s’effondrent dans ma cage thoracique. 

Je reprends mes esprits, mon cœur ralenti. Je transpire, il pleut sur mon front. Je suis submergée par ce qui m’entoure et je sens mes larmes monter à la surface. La femme en face de moi me regarde avec mépris. Je me mords la lèvre inférieur et ravale mon malaise. Je ne pleure pas —pas encore. Une goûte caresse la fenêtre, puis se fracasse violemment sur le rebord. Je la suis du regard, elle meurt et je meurs avec elle. 

Je descends au prochain arrêt l’air déterminée. Je presse le pas, je bouscule les passants qui vont dans le sens inverse. “Pardon, désolée”. Je m’excuse, comme toujours, beaucoup trop. On me regarde comme si j’étais folle. La pluie tombe et je n’ai rien pour me protéger. 

J’arrive enfin. Je sonne. Une fois, puis deux, puis trois. Pas de réponse, j’attends. Personne. Je veux crier “ouvre-moi”, mais les mots se figent. Je réalise que tu n’es plus là. Je me décompose sur place. Quelque chose d’étrange se passe en moi. Je ne sens plus la pluie, je ne sens plus rien. Je suis aveugle. 

Je n’ai jamais cru que ça m’arriverait un jour. Pourtant, je l’ai toujours su, on ne cesse de le répéter: l’amour rend aveugle. Et je pense: “tout ça pour toi. J’aurai parcouru le monde entier pour te retrouver”. 

Mes larmes se déversent enfin et emportent mon chagrin. 

  —Tumtitu

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