Brûler vif

Et toutes ces choses qui te hantent, laisse-les te libérer. 

Je t’ai haï. Et je me suis haï davantage d’avoir pu un jour aimer qui tu étais, aimer qui j’étais avec toi -pour toi. Ton désir avait un goût amer et moi je souffrais d’amertume. De solitude. De manque. Ton regard, à la fois doux et brutal, avait éveillé en moi l’envie d’être aimer parce qu’il me rendait belle -d’une beauté que seul toi semblait voir et reconnaître. Une beauté simple et singulière. Tes mots, poignants, m’ont transperssés, détruisant tout ce que j’avais mis tant de temps à reconstruire. Ils me brulaient -d’un feu ardent dans le lequel je me consumais, mais tant que j’étais avec toi, je croyais que tout allait bien. Je te voulais pour moi seule parce que tu m’avais choisi. Ou peut-être était-ce le contraire? J’étais perdue et je pensais que tu m’avais enfin re-trouvé. Que tes caresses cicatriseraient mes blessures. 

Ce jour-là, j’ai cru qu’on partait pour fuir le monde. Ensemble. Juste toi et moi, là où personne n’est jamais allé. Le coeur qui s’accélère, les tempes qui cognent, menaçant de me lâcher. C’était dangereux, mais je me suis laissée prendre au jeu. Plus on roulait, plus je m’éloignais de moi-même.  

Et puis, sont venus tes silences. Suivi d’une incompréhension totale -de moi, du monde, de nous. Et le vide dans lequel je me suis retrouvée, la tristesse que cela m’a infligé. Je ne t’ai jamais pardonné tes absences, j’ai juste fini par les accepter. Tout comme j’ai accepté de laisser mes larmes couler, me libérer, m’emporter avec elles dans leur profondeur. Et soudainement, les plaies se sont réouvertes, laissant resurgir le passé. Je les cache pour oublier que je suis encore affaiblie, démunie, seule face à un monde qui ne voulait déjà pas de moi.
Je me suis tue, longtemps, parce que les mots étaient ensevelis, étouffés par la honte, la culpabilité et la douleur. Cette douleur qui écrase, qui broie, qui détruit -comme une bombe qui explose en plein coeur. Cette douleur qui paralyse et donne l’impression d’être à bout de souffle. D’être au bout de soi -vider. Brûler vif. 
Et après ton silence est venue ton indifférence. Ou comment faire face à ma propre mort précoce -un suicide involontaire. 

J’essaie d’expliquer pour comprendre ce qu’il nous est arrivé. 
Mais les mots se mélangent, se bousculent, je me heurte contre eux maladroitement. Je perds mes mots, littéralement. Aujourd’hui encore, je suffoque, toujours. Je bégaie à chaque fois que l’on me demande si ça va parce que je pense à toi. À ton sourire sincère que tes mots venaient trahir. À ton rire contagieux qui résonne encore. À ton parfum dont je suis en manque. Je frissonne, parfois, au contact d’un homme qui porte le même que toi. 

Il m’arrive souvent de me retourner, jeter un bref coup d’oeil pour me rassurer que le passé est bel et bien resté là où je l’ai abandonné -derrière moi. Que je suis sur la bonne voie, que je ne me suis pas perdue cette fois.
Je ne veux plus fuir le monde, je veux aller à sa rencontre.

— Tumtitu 

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