Ce qui nous sauve, nous emprisonne

La Crise. C’est comme ça que tu l’appelais. Avant tu disais simplement que c’était quelque chose d’indescriptible, de non palpable. Pourtant, ce jour-là tu m’as appelé et tu m’as dit: j’ai encore fait une crise. Et j’ai tout de suite compris. 

Tu ne savais pas comment l’expliquer, tu disais que tu étais semblable à quelqu’un qui fait une crise d’anxiété, ou comme toutes ces personnes qui commettent un accident, un acte de violence sans raison valable. Mais ta crise à toi était différente, car elle était interne. Tu disais que tu brûlais. Tu devenais imprévisible et agressif. Pas envers les autres mais envers toi-même. Tu n’avais aucune notion du danger et il t’arrivait de perdre conscience de qui tu étais pendant plusieurs heures. 

Je suis allée te voir mais quand je suis arrivée, tu m’as laissé attendre devant la porte. Tu craignais de me laisser entrer parce que tu avais peur de me blaisser même si je savais et je sais que tu en étais pas capable. C’était de toi que tu aurais du avoir peur, de cette chose, de “la bête” comme tu disais souvent avant de l’appeler la Crise. C’est de ça que tu aurais du avoir peur, qu’elle arrive à te convaincre que cette fois c’était fini. 

J’ai lu quelque part que “ce qui nous sauve, nous emprisonne”, je l’ai noté dans mon journal et je pense souvent à toi quand je lis cette phrase. Tu disais que plus la Crise était élevée, plus tu avais l’impression d’être libre parce que tu étais hors de toi. Tu cherchais constamment à te fuir, à te détruire. Comment expliquer un désir aussi violent? Ce jour-là, j’ai compris que cette chose-là ne s’explique pas.  

Tes yeux avaient gonflés à cause de toutes les larmes que tu avais versé, c’était comme si on t’avait donner un violent coup de poing. J’ai eu peur en te voyant et mon coeur s’est serré. Tu ne voulais pas que je te vois comme ça alors tu m’as dit de partir, mais je suis restée parce que je savais que tu ne voulais pas être seul. Au fond de toi, la seule chose que tu voulais c’était que quelqu’un soit là. Que quelqu’un voit et comprenne ta douleur. Tu pleurais sans t’arrêter, parfois tu murmurais des bouts de phrase, des mots inaudibles comme une prière ou des cris étouffés. Je suis restée assise par terre à tes côtés sans rien dire. Tu savais que j’étais là pour t’écouter pas pour te sauver. 

Dans “Mommy” de Xavier Dolan, une femme dit que “ce n’est pas parce que vous aimez quelqu’un que vous pouvez le sauver. L’amour n’a rien à voir là-dedans”. Cette phrase aussi me fait penser à toi.  Je crois que l’amour ne sauve pas, mais il guérit parfois. Alors je suis restée pour écouter tes larmes.

Je ne pouvais pas te sauver, mais je t’aimais (…)

Tumtitu


Using Format